Soit la suite (un)n≥1 définie par un=2+n3. Aucun terme un n'est égal à 2. Peut-on néanmoins garantir que l'écart ∣un−2∣ devient inférieur ou égal à 0,01 à partir d'un certain rang ?
Remarque
Pour tout n≥300, on a n3≤3003=0,01. Même si la suite n'atteint jamais la valeur 2, ses termes se rapprochent arbitrairement près de 2 dès que l'indice n est suffisamment grand.
Définition · 2
Définition d'une suite convergente
Soit (un)n≥n0 une suite réelle et l un nombre réel.
n→+∞limun=l
On dit que la suite (un) converge vers l si tout intervalle ouvert contenant l contient tous les termes de la suite à partir d'un certain rang.
∀ϵ>0,∃p∈N,∀n≥p,∣un−l∣<ϵ
Remarque
Le réel ϵ représente une marge de tolérance arbitrairement petite, et p est le rang entier à partir duquel tous les termes restent confinés dans l'intervalle ]l−ϵ;l+ϵ[.
Exemple travaillé · 3
Détermination d'un rang de seuil
Soit (un)n≥1 la suite définie par un=2+n3. Déterminer un entier naturel p tel que pour tout n≥p, on ait ∣un−2∣<10−2.
1
On simplifie l'expression de l'écart avec la limite l=2.
2
∣un−2∣=2+n3−2=n3
3
On pose l'inégalité demandée et on isole l'indice n.
4
n3<10−2⟺n3<1001⟺n>300
5
L'inégalité sur n étant stricte, le premier entier naturel satisfaisant la condition est 301.
6
p=301
Piège classique · 4
On considère toujours un=2+n3. Pour assurer ∣un−2∣<10−7, la résolution donne n>3×107. Quelle est la plus petite valeur du rang entier p tel que n≥p⟹∣un−2∣<10−7 ?
Attention
Choisir p=3×107 en confondant l'inégalité stricte avec une inégalité large.
À la place : Pour n=3×107, on a ∣un−2∣=10−7, ce qui ne respecte pas l'inégalité stricte demandée. Le premier entier naturel admissible est p=3×107+1.
Exemple travaillé · 5
Preuve formelle avec ϵ
Démontrer, en utilisant la définition formelle avec ϵ, que la suite (un)n≥1 définie par un=2+n3 converge vers 2.
1
Soit un réel ϵ>0 quelconque.
2
On cherche un entier naturel p tel que pour tout entier n≥p, on ait ∣un−2∣<ϵ.
3
∣un−2∣<ϵ⟺n3<ϵ⟺n>ϵ3
4
On note E(x) la partie entière de x. Le nombre E(ϵ3)+1 est un entier naturel vérifiant E(ϵ3)+1>ϵ3.
5
p=E(ϵ3)+1
6
Pour tout entier n≥p, on a n>ϵ3, d'où ∣un−2∣<ϵ.
7
L'existence de l'entier p étant établie pour tout ϵ>0, la suite (un) converge vers 2.
Vérification · 6
Soit la suite (un)n≥1 définie par un=5−n1. On veut déterminer le rang minimal p∈N à partir duquel ∣un−5∣<0,02. Quelle est la valeur de p ?
Remarque
∣un−5∣=n1. L'inégalité n1<0,02=501 équivaut à n>50. Comme l'inégalité est stricte, le premier rang entier naturel admissible est p=51.
Définition · 7
Définition de la divergence vers l'infini
Soit (un)n≥n0 une suite réelle.
n→+∞limun=+∞
On dit que la suite (un) tend vers +∞ si tout intervalle de la forme ]A;+∞[ contient tous les termes de la suite à partir d'un certain rang.
∀A>0,∃p∈N,∀n≥p,un>A
Remarque
De façon analogue, limn→+∞un=−∞ signifie que pour tout réel A>0, il existe un entier naturel p tel que pour tout n≥p, on a un<−A.
Exemple travaillé · 8
Seuil pour une limite infinie
Soit la suite (un)n∈N définie par un=n2. Pour un réel A>0 donné, déterminer un rang entier p∈N à partir duquel tous les termes vérifient un>A.
1
On cherche un entier naturel p tel que pour tout entier n≥p, l'inégalité n2>A soit vraie.
2
n2>A⟺n>A
3
La fonction partie entière E permet de définir le premier entier strictement supérieur au réel A.
4
p=E(A)+1
5
Pour tout n≥p, on a n>A, ce qui assure un>A. On a ainsi établi formellement que limn→+∞n2=+∞.
Piège classique · 9
Une suite (un) qui n'est pas majorée admet-elle nécessairement +∞ pour limite ?
Attention
Penser qu'une suite non majorée s'échappe obligatoirement tout entière vers +∞.
À la place : Une suite non majorée peut osciller et revenir indéfiniment vers des valeurs finies. La divergence vers +∞ exige que TOUS les termes dépassent n'importe quel seuil A à partir d'un rang p.
Exemple travaillé · 10
Suite non majorée sans limite infinie
Soit la suite (un)n∈N définie par un=n(1+(−1)n). Montrer que (un) n'est pas majorée et qu'elle ne tend pas vers +∞.
1
On sépare l'étude selon la parité de l'indice n.
2
Pour les indices pairs n=2k avec k∈N :
3
u2k=2k(1+(−1)2k)=2k(1+1)=4k
4
Puisque limk→+∞4k=+∞, la suite prend des valeurs supérieures à tout réel donné : elle n'est pas majorée.
5
Pour les indices impairs n=2k+1 avec k∈N :
6
u2k+1=(2k+1)(1+(−1)2k+1)=(2k+1)(1−1)=0
7
Si on choisit le seuil A=1, tous les termes d'indices impairs vérifient u2k+1=0<1. Il est donc impossible de trouver un rang p à partir duquel tous les termes dépassent 1.
8
La suite (un) n'est pas majorée et ne tend pas vers +∞ : c'est une suite divergente sans limite.
Vérification · 11
On considère la suite (vn)n∈N définie par vn=(−1)n×n2. Quelle est la nature de cette suite ?
Remarque
Pour n pair, v2k=4k2→+∞, et pour n impair, v2k+1=−(2k+1)2→−∞. La suite oscille entre des valeurs positives et négatives de plus en plus grandes : elle est divergente sans limite.
Rappel · 12
Rappel : Monotonie et bornes d'une suite
Soit (un)n≥n0 une suite réelle.
un+1≥unpour tout n≥n0⟺(un) est croissante
un+1≤unpour tout n≥n0⟺(un) est deˊcroissante
Une suite est majorée s'il existe un réel M tel que pour tout n≥n0, un≤M.
Une suite est minorée s'il existe un réel m tel que pour tout n≥n0, un≥m.
Remarque
Une suite est bornée lorsqu'elle est à la fois majorée et minorée.
Définition · 13
Théorème de convergence monotone
Pour toute suite réelle (un)n≥n0 :
(un) croissante et majoreˊe⟹(un) converge vers un reˊel l
(un) deˊcroissante et minoreˊe⟹(un) converge vers un reˊel l
Remarque
Si (un) est croissante et non majorée, alors elle diverge vers +∞. Si (un) est décroissante et non minorée, alors elle diverge vers −∞.
Exemple travaillé · 14
Convergence d'une suite monotone
Soit la suite (un)n∈N définie par un=5−n+11. On admet qu'elle est strictement croissante. Justifier qu'elle est convergente et déterminer sa limite.
1
Pour tout entier naturel n, le dénominateur n+1 est strictement positif, donc n+11>0.
2
un=5−n+11<5
3
La suite (un) est strictement croissante et majorée par 5. D'après le théorème de convergence monotone, elle converge vers un réel fini l.
4
n→+∞limn+11=0⟹n→+∞limun=5−0=5
Piège classique · 15
Une suite (un) est croissante et vérifie un≤10 pour tout n∈N. Peut-on en déduire que limn→+∞un=10 ?
Attention
Affirmer que la limite d'une suite croissante majorée est nécessairement égale au majorant exhibé.
À la place : Le théorème garantit l'existence d'une limite l, mais on sait seulement que l≤10. La suite un=2−n+11 est bien majorée par 10, mais sa limite est 2.
Exemple travaillé · 16
Somme géométrique et convergence monotone
Soit la suite (un)n∈N définie par un=1+71+(71)2+⋯+(71)n. Justifier que (un) converge et déterminer sa limite.
1
On étudie la différence de deux termes consécutifs.
2
un+1−un=(71)n+1>0
3
La suite (un) est donc strictement croissante.
4
On exprime la somme des n+1 termes de la suite géométrique de premier terme 1 et de raison 71.
5
un=1−711−(71)n+1=67(1−(71)n+1)
6
Comme (71)n+1>0, on a 1−(71)n+1<1, d'où un<67.
7
La suite (un) est croissante et majorée par 67 : d'après le théorème de convergence monotone, elle converge.
8
Comme 71<1, on a limn→+∞(71)n+1=0. Par suite, limn→+∞un=67.
Vérification · 17
Soit (vn)n∈N une suite décroissante vérifiant pour tout entier naturel n l'inégalité vn≥3+n+12. Que peut-on affirmer avec certitude ?
Remarque
Pour tout n∈N, n+12>0, donc vn>3. La suite (vn) est décroissante et minorée par 3 : d'après le théorème de convergence monotone, elle converge vers une limite réelle l≥3.
Définition · 18
Théorème des gendarmes et théorèmes de comparaison
Soient (un), (vn) et (wn) trois suites réelles définies pour tout entier n≥n0.
Théorèmes de comparaison pour les limites infinies :
∀n≥n0,wn≥unaveclimn→+∞un=+∞⟹limn→+∞wn=+∞
∀n≥n0,wn≤vnaveclimn→+∞vn=−∞⟹limn→+∞wn=−∞
Remarque
Le théorème des gendarmes exige deux bornes qui convergent vers la même valeur finie. Pour une limite infinie, une seule borne (minoration pour +∞, majoration pour −∞) suffit.
Exemple travaillé · 19
Écrasement d'un terme oscillant borné
Déterminer la limite de la suite (un)n∈N définie par un=n+1cosn.
1
Pour tout n∈N, le cosinus est borné par −1 et 1.
2
−1≤cosn≤1
3
Comme n+1>0 pour tout n∈N, on divise chaque membre par n+1 sans changer le sens des inégalités.
4
−n+11≤n+1cosn≤n+11
5
On calcule la limite des deux suites encadrantes aux bornes.
6
n→+∞lim−n+11=0etn→+∞limn+11=0
7
Les deux bornes convergent vers la même limite 0. D'après le théorème des gendarmes, la suite (un) converge et sa limite est 0.
8
n→+∞limun=0
Piège classique · 20
On veut déterminer la limite en +∞ de la suite définie par un=n+cosn. Quelle démarche applique-t-on ?
Attention
Écrire n−1≤un≤n+1 et conclure que limun=+∞ par le « théorème des gendarmes ».
À la place : Le théorème des gendarmes s'applique exclusivement aux limites finies dans R. Pour une limite infinie, une simple minoration unilatérale un≥n−1 suffit, par le théorème de comparaison.
Exemple travaillé · 21
Encadrement global d'une somme dépendante de n
Soit la suite (Sn)n≥1 définie par Sn=∑k=1nn2+kn. Justifier que (Sn) converge et déterminer sa limite.
1
Pour tout entier k vérifiant 1≤k≤n, on encadre le dénominateur n2+k par ses valeurs extrêmes.
2
n2+1≤n2+k≤n2+n
3
Tous les termes étant strictement positifs, la fonction inverse renverse l'ordre des inégalités.
4
n2+n1≤n2+k1≤n2+11
5
On multiplie chaque membre par le numérateur n>0.
6
n2+nn≤n2+kn≤n2+1n
7
On somme ces n inégalités pour k variant de 1 à n. Les bornes gauche et droite ne dépendant pas de k, elles sont multipliées par le nombre de termes n.
8
n2+nn2≤Sn≤n2+1n2
9
On étudie la limite des deux expressions encadrantes.
10
n→+∞limn2+nn2=1etn→+∞limn2+1n2=1
11
D'après le théorème des gendarmes, la suite (Sn) converge et sa limite est 1.
12
n→+∞limSn=1
Vérification · 22
Pour déterminer la limite à l'infini de la suite définie par wn=n2+(−1)nn, quelle méthode est théoriquement adaptée ?
Remarque
Pour tout n∈N, on a (−1)n≥−1, d'où wn≥n2−n=n(n−1). Comme limn→+∞n(n−1)=+∞, le théorème de comparaison à l'infini permet de conclure que limn→+∞wn=+∞. Le théorème des gendarmes est exclu car la limite recherchée n'est pas finie.
Définition · 23
Théorème du point fixe
Soit f une fonction continue d'un intervalle I dans lui-même et (un)n∈N la suite définie par u0∈I et pour tout entier naturel n :
un+1=f(un)
Si la suite (un) converge vers un réel l∈I, alors la continuité de f en l garantit que l est solution de l'équation de point fixe :
f(l)=l
Remarque
L'égalité f(l)=l résulte du passage à la limite : limn→+∞un+1=l et limn→+∞f(un)=f(l). Elle suppose impérativement d'avoir établi l'existence de la limite au préalable.
Exemple travaillé · 24
Convergence et calcul de la limite par point fixe
Soit la suite (un)n∈N définie par u0=0 et pour tout entier naturel n, un+1=3un+4. Montrer que (un) converge et déterminer sa limite.
1
La fonction f:x↦3x+4 est continue et strictement croissante sur l'intervalle [0;4].
2
On montre par récurrence que pour tout n∈N, 0≤un<un+1≤4. L'initialisation est vérifiée car u0=0 et u1=2. Si 0≤un<un+1≤4, la croissance de f donne f(0)≤f(un)<f(un+1)≤f(4), soit 2≤un+1<un+2≤4.
3
La suite (un) est strictement croissante et majorée par 4. D'après le théorème de convergence monotone, elle converge vers un réel l∈[0;4].
4
Puisque f est continue sur [0;4], la limite l vérifie l'équation de point fixe f(l)=l.
5
3l+4=l⟺3l+4=l2⟺l2−3l−4=0
6
Le discriminant est Δ=25. Les racines sont −1 et 4. Comme l∈[0;4], la valeur −1 est rejetée car elle est strictement négative.
7
n→+∞limun=4
Piège classique · 25
Soit la suite (un)n∈N définie par u0=4 et un+1=2un−3. Un élève écrit : « Soit l la limite. Alors l=2l−3⟺l=3, donc la suite converge vers 3 ». Que penser de cette démarche ?
Attention
Écrire l'équation f(l)=l avant d'avoir prouvé que la suite converge vers un réel fini.
À la place : L'équation de point fixe n'a de sens que si l'existence de la limite est démontrée. Ici, les premiers termes sont u0=4, u1=5, u2=7, u3=11 : la suite diverge vers +∞.
Exemple travaillé · 26
Majoration contractante et vitesse géométrique
Soit la suite (un)n∈N définie par u0=0 et un+1=un+6. On admet que pour tout n∈N, 0≤un≤3. Montrer que pour tout n∈N, 0≤3−un+1≤31(3−un), puis déterminer la limite de (un).
1
On multiplie par l'expression conjuguée 3+un+6 pour transformer la différence 3−un+1.
Puisque un≤3, le numérateur 3−un est positif ou nul. En multipliant l'inégalité par 3−un :
6
0≤3−un+1≤31(3−un)
7
Par récurrence immédiate, on en déduit pour tout entier naturel n :
8
0≤3−un≤(3−u0)(31)n=3(31)n
9
Comme limn→+∞3(31)n=0, le théorème des gendarmes permet de conclure :
10
n→+∞limun=3
Vérification · 27
Soit la suite (un)n∈N définie par u0=1 et un+1=un+25un. On admet que (un) est croissante et converge vers un réel l. Les solutions de l'équation f(l)=l sont 0 et 3. Quelle est la limite l ?
Remarque
Comme (un) est croissante et que u0=1, tous les termes vérifient un≥1. Par passage à la limite dans les inégalités, on a l≥1. La solution 0 est donc rejetée, et la limite est l=3.
Définition · 28
Suites homographiques et suites auxiliaires
Une suite homographique est définie par une relation de récurrence de la forme :
un+1=cun+daun+b
Pour expliciter le terme général un et déterminer sa limite, on introduit une suite auxiliaire (vn) qui transforme la relation non linéaire en une suite usuelle :
vn=un1ouvn=unun−α
Remarque
Selon la structure des coefficients, cette transformation produit une suite (vn) arithmétique ou géométrique, que l'on sait expliciter directement.
Exemple travaillé · 29
Linéarisation par l'inverse
Soit la suite (un)n∈N définie par u0=1 et pour tout entier naturel n : un+1=1+2unun. On admet que un>0 pour tout n. En posant vn=un1, exprimer un en fonction de n puis calculer sa limite.
1
On calcule la différence vn+1−vn pour déterminer la nature de la suite (vn).
La différence étant constante, (vn) est une suite arithmétique de raison r=2 et de premier terme v0=u01=1.
4
On applique la formule explicite du terme général d'une suite arithmétique : vn=v0+nr.
5
vn=1+2n
6
Puisque vn=un1, on en déduit l'expression de un en prenant l'inverse de vn.
7
un=2n+11
8
Comme limn→+∞(2n+1)=+∞, on conclut sur la limite de (un).
9
n→+∞limun=0
Piège classique · 30
Combien de termes comporte la somme Sn=∑k=0n1=1+1+⋯+1 allant de l'indice k=0 à l'indice k=n ?
Attention
Penser que la somme comporte n termes en regardant uniquement la borne supérieure n.
À la place : L'indice de départ est 0. Le nombre de termes d'une sommation d'indices allant de p à n est (n−p+1). Pour k=0 à n, il y a donc (n−0+1)=n+1 termes. Ainsi, ∑k=0n1=n+1.
Exemple travaillé · 31
Calcul de somme et limite de moyenne
Soit la suite (wn)n∈N définie par wn=1−vn, où (vn) est la suite géométrique définie par v0=−2 et de raison q=41. On pose Sn=∑k=0nwk. Exprimer Sn en fonction de n, puis calculer limn→+∞nSn.
1
On sépare la constante et la suite géométrique dans la somme.
2
Sn=k=0∑n(1−vk)=k=0∑n1−k=0∑nvk
3
La première somme comporte (n−0+1)=n+1 termes tous égaux à 1, donc ∑k=0n1=n+1.
4
La seconde somme est la somme des n+1 termes consécutifs d'une suite géométrique de raison q=41=1.
Comme limn→+∞n1=0 et limn→+∞(41)n+1=0, la fraction résiduelle tend vers 0.
11
n→+∞limnSn=1
Vérification · 32
Combien de termes comporte la somme Tn=∑k=2n+31 pour tout entier naturel n ?
Remarque
Le nombre de termes d'une sommation d'indices allant de k=2 à k=n+3 est donné par (dernier indice−premier indice+1)=(n+3)−2+1=n+2 termes.
Point de départ · 33
Pour calculer le terme u10 de la suite définie par u0=1, u1=2 et un+2=6un+1−5un, doit-on calculer successivement tous les termes intermédiaires ?
Remarque
Calculer u2,u3,…,u10 de proche en proche devient vite fastidieux et source d'erreurs, et devient impraticable pour u1000. On cherche une méthode algébrique pour exprimer directement un en fonction de n.
Définition · 34
Suite récurrente linéaire d'ordre 2 à coefficients constants
Soit (un)n∈N une suite vérifiant pour tout n∈N la relation de récurrence :
un+2=aun+1+bun
où a et b sont des constantes réelles avec b=0. L'équation caractéristique associée s'écrit :
r2−ar−b=0
Si cette équation admet deux racines réelles distinctes r1 et r2, le terme général de la suite s'écrit pour tout entier naturel n sous la forme :
un=αr1n+βr2n
Remarque
Les constantes réelles α et β sont uniquement déterminées par la donnée des deux premiers termes u0 et u1.
Exemple travaillé · 35
Détermination du terme général
Soit la suite (un)n∈N définie par u0=1, u1=2 et pour tout n∈N : un+2=6un+1−5un. Déterminer l'expression explicite de un en fonction de n.
1
On écrit et on résout l'équation caractéristique associée : r2−6r+5=0.
2
Δ=(−6)2−4(1)(5)=36−20=16=42
3
Les deux racines réelles distinctes sont r1=26−4=1 et r2=26+4=5.
4
Le terme général est de la forme un=α×5n+β×1n=α×5n+β pour tout n∈N.
5
On utilise les conditions initiales u0=1 et u1=2 pour déterminer α et β :
6
{α+β=15α+β=2
7
Par soustraction membre à membre, on trouve 4α=1, d'où α=41, puis β=1−41=43.
8
On en déduit l'expression explicite pour tout entier naturel n :
9
un=45n+3
Piège classique · 36
Pour un=α×5n+β avec u0=1 et u1=2, quelle équation traduit la condition initiale au rang n=0 ?
Attention
Écrire 5α+β=1 en inversant les rangs n=0 et n=1.
À la place : Au rang n=0, l'exposant est nul : 50=1, ce qui donne α+β=u0=1. L'équation 5α+β=2 correspond au rang n=1 car 51=5.
Vérification · 37
Quelle est l'équation caractéristique associée à la suite vérifiant pour tout n∈N la relation un+2=5un+1−6un ?
Remarque
En transposant tous les termes dans le membre de gauche, la relation s'écrit un+2−5un+1+6un=0. L'équation caractéristique associée est donc r2−5r+6=0 (de racines 2 et 3).
Définition · 38
Définition des suites adjacentes
Deux suites réelles (un)n≥0 et (vn)n≥0 sont dites adjacentes lorsqu'elles vérifient simultanément trois conditions :
1.un≤vnpour tout entier n≥0
2.(un) est croissante et (vn) est deˊcroissante
3.limn→+∞(vn−un)=0
Théorème fondamental des suites adjacentes :
(un) et (vn) adjacentes⟹n→+∞limun=n→+∞limvn=l∈R
Remarque
Deux suites adjacentes convergent nécessairement vers une même limite réelle finie l.
Exemple travaillé · 39
Preuve d'adjacence de deux suites récurrentes croisées
Soient les suites (un) et (vn) définies sur N par u0=12, v0=1, un+1=3un+2vn et vn+1=4un+3vn. On pose wn=un−vn. Montrer que (wn) est géométrique, puis en déduire que (un) et (vn) sont adjacentes.
1
On exprime la différence wn+1=un+1−vn+1 au même dénominateur.
(wn) est une suite géométrique de raison 121 et de premier terme w0=u0−v0=12−1=11. Son terme général est wn=11(121)n>0, donc un>vn pour tout n∈N.
4
On étudie la monotonie de chaque suite :
5
un+1−un=32(vn−un)=−32wn<0⟹(un) est strictement deˊcroissante
6
vn+1−vn=4un−vn=41wn>0⟹(vn) est strictement croissante
7
Comme 121<1, on a limn→+∞(un−vn)=limn→+∞wn=0. Les suites (vn) et (un) vérifient les trois conditions : elles sont adjacentes et convergent vers une même limite réelle.
Piège classique · 40
Pour déterminer la limite commune de deux suites adjacentes couplées comme (un) et (vn), quelle démarche doit-on privilégier ?
Attention
Tenter de trouver l'expression explicite de un et de vn en fonction de n en résolvant le système de récurrence.
À la place : Expliciter chaque terme général est souvent très lourd ou impraticable. On repère plutôt une combinaison linéaire invariante aun+bvn=constante : le passage à la limite donne directement (a+b)l=constante, ce qui fournit la limite commune immédiatement.
Exemple travaillé · 41
Calcul de la limite commune par combinaison linéaire invariante
On considère les suites adjacentes définies par u0=12, v0=1, un+1=3un+2vn et vn+1=4un+3vn. On pose tn=3un+8vn pour tout n∈N. Montrer que (tn) est constante et déterminer la limite commune l des suites (un) et (vn).
1
On exprime tn+1 à l'aide des formules de récurrence de un+1 et vn+1.
La suite (tn) est donc constante : pour tout entier naturel n, on a tn=t0=3u0+8v0.
5
t0=3(12)+8(1)=36+8=44
6
Puisque (un) et (vn) sont adjacentes, elles convergent vers une même limite réelle l. Par passage à la limite dans la relation 3un+8vn=44 :
7
3l+8l=44⟺11l=44⟺l=4
8
On en déduit que limn→+∞un=limn→+∞vn=4.
Vérification · 42
Deux suites (an) et (bn) vérifient : (an) croissante, (bn) décroissante, an≤bn, limn→+∞(bn−an)=0, et pour tout n∈N, 2an+3bn=35. Vers quelle valeur commune convergent-elles ?
Remarque
Les suites (an) et (bn) étant adjacentes, elles admettent une même limite réelle l. Par passage à la limite dans l'égalité invariante 2an+3bn=35, on obtient 2l+3l=35⟺5l=35, d'où l=7.