Dans l'ensemble des réels R, l'équation x2+1=0 n'a aucune solution car le carré d'un nombre réel est toujours positif ou nul. Que se passe-t-il si l'on introduit un nouveau nombre, noté i, dont le carré vaut exactement −1 ?
Ce nombre i n'est pas un réel : c'est l'unité imaginaire. En combinant i avec les nombres réels au moyen de l'addition et de la multiplication habituelles, on construit un nouvel ensemble de nombres : l'ensemble des nombres complexes, noté C.
Définition · 2
Forme algébrique d'un nombre complexe
i2=−1
Tout élément z de C s'écrit de manière unique sous la forme :
z=a+ibavec a∈R et b∈R
Cette écriture est appelée forme algébrique (ou cartésienne) de z.
Vocabulaire
Partie réelle de z — Re(z)=a
Partie imaginaire de z — Im(z)=b
z∈R⟺Im(z)=0
z∈iR⟺Re(z)=0
Remarque
Si Re(z)=0, z s'écrit ib : on dit que z est un imaginaire pur.
Piège classique · 3
Quelle est la partie imaginaire du nombre complexe z=5−4i ?
Attention
Répondre que Im(z)=−4i en incluant l'unité imaginaire i.
À la place : La partie imaginaire est le coefficient réel devant i. Pour z=5−4i, on a Im(z)=−4 (un nombre réel, jamais un terme en i).
Définition · 4
Égalité de deux nombres complexes
L'écriture algébrique étant unique, deux nombres complexes sont égaux si et seulement si ils ont la même partie réelle et la même partie imaginaire.
a,b,a′,b′∈R
a+ib=a′+ib′⟺{a=a′b=b′
a+ib=0⟺{a=0b=0
Exemple travaillé · 5
Mettre le nombre complexe Z=(3−2i)(1+4i)−2i(5−i) sous forme algébrique.
1
On développe le premier produit en appliquant la distributivité classique et la règle i2=−1.
2
(3−2i)(1+4i)=3+12i−2i−8i2=3+10i−8(−1)=11+10i
3
On développe le second terme en faisant attention au produit −2i×(−i)=2i2.
4
−2i(5−i)=−10i+2i2=−10i+2(−1)=−2−10i
5
On additionne les deux résultats en regroupant parties réelles et parties imaginaires.
6
Z=(11−2)+(10−10)i=9+0i=9
Exemple travaillé · 6
Déterminer les réels x et y vérifiant l'égalité : (2+i)x+(1−2i)y=7−i.
1
On développe le membre de gauche afin de regrouper les termes réels et les termes imaginaires purs.
2
2x+ix+y−2iy=(2x+y)+i(x−2y)
3
On applique la propriété d'égalité de deux nombres complexes en identifiant la partie réelle à 7 et la partie imaginaire à −1.
4
{2x+y=7x−2y=−1
5
De la deuxième équation, on tire x=2y−1. On substitue dans la première : 2(2y−1)+y=7⟹5y−2=7⟹5y=9⟹y=59.
6
On en déduit x :
7
x=2(59)−1=518−55=513
Piège classique · 7
Quelle est la forme algébrique du nombre complexe Z=4−3i(2−i) ?
Attention
Écrire −3i(−i)=+3i2=+3, ce qui donne 4+3−6i=7−6i.
À la place : Le produit −3i×(−i) vaut +3i2=+3(−1)=−3. On obtient donc Z=4−6i−3=1−6i.
Vérification · 8
Soit le nombre complexe z=(2+i)2−5i. Détermine Re(z) et Im(z).
Remarque
On développe : (2+i)2−5i=(4+4i−1)−5i=3−i. Donc Re(z)=3 et Im(z)=−1.
Définition · 9
Conjugué d'un nombre complexe
Soit z=a+ib un nombre complexe où a et b sont des réels.
z=a−ib
On en déduit trois relations fondamentales reliant un complexe à son conjugué :
z+z=2Re(z)=2a
z−z=2iIm(z)=2ib
zz=a2+b2
Piège classique · 10
Pour tout nombre complexe z=a+ib (a,b∈R), quelle est la nature du nombre Z=z−z ?
Attention
Calculer (a+ib)−(a−ib)=2b en oubliant l'unité imaginaire i, et affirmer que la différence est un nombre réel.
À la place : La soustraction des parties imaginaires donne ib−(−ib)=2ib=2iIm(z). En présence du facteur i, le nombre z−z est toujours un imaginaire pur (ou nul si Im(z)=0).
Définition · 11
Caractérisation des réels et imaginaires purs
Le conjugué fournit un critère immédiat pour tester la nature d'un nombre complexe sans calculer sa forme algébrique :
z∈R⟺z=z
z∈iR⟺z=−z
De plus, la conjugaison est compatible avec toutes les opérations algébriques :
z+z′=z+z′;z⋅z′=z⋅z′;zn=(z)n
z′=0
(z′z)=z′z
Exemple travaillé · 12
Écrire le nombre complexe Z=1−i1+2i sous forme algébrique.
1
Pour éliminer l'unité imaginaire au dénominateur, on multiplie le numérateur et le dénominateur par le conjugué du dénominateur : 1−i=1+i.
2
Z=(1−i)(1+i)(1+2i)(1+i)
3
Au dénominateur, on applique l'identité zz=a2+b2.
4
(1−i)(1+i)=12+(−1)2=1+1=2
5
Au numérateur, on développe le produit en remplaçant i2 par −1.
6
(1+2i)(1+i)=1+i+2i+2i2=1+3i−2=−1+3i
7
On sépare la partie réelle et la partie imaginaire.
8
Z=2−1+3i=−21+23i
Piège classique · 13
Quelle est la forme algébrique de l'inverse du nombre complexe 1+i ?
Attention
Écrire 1+i1=1−i en confondant l'inverse d'un nombre complexe avec son simple conjugué.
À la place : Pour inverser un nombre complexe non nul, il faut diviser son conjugué par son carré de norme a2+b2 : 1+i1=(1+i)(1−i)1−i=12+121−i=21−i=21−21i.
Exemple travaillé · 14
Soit u=9+2i3−7i et v=9−2i3+7i. Démontrer, sans aucun développement lourd, que le nombre S=u+v est réel.
1
On exprime le conjugué de u en appliquant la propriété de conjugaison d'un quotient.
2
u=(9+2i3−7i)=9+2i3−7i=9−2i3+7i=v
3
Puisque v=u, la somme s'écrit comme la somme d'un complexe et de son conjugué.
4
S=u+u=2Re(u)
5
Puisque la partie réelle d'un nombre complexe est un réel pur, on conclut immédiatement :
6
S∈R
Vérification · 15
Mettre le nombre complexe Z=1+i1+3i sous forme algébrique et déterminer sa partie réelle ainsi que sa partie imaginaire.
Remarque
On multiplie par le conjugué 1−i : Z=12+12(1+3i)(1−i)=21−i+3i+3=24+2i=2+i. On identifie alors Re(Z)=2 et Im(Z)=1.
Point de départ · 16
Dans le plan muni d'un repère orthonormé (O,u,v), tout nombre complexe z=a+ib (a,b∈R) est représenté par le point M(a;b). Comment mesurer la distance géométrique OM séparant l'origine du point M ?
En appliquant le théorème de Pythagore dans le triangle rectangle formé par les coordonnées, on obtient OM2=a2+b2, soit OM=a2+b2. Cette longueur euclidienne fondamentale est appelée le module du nombre complexe z.
Définition · 17
Module d'un nombre complexe
Soit z=a+ib un nombre complexe écrit sous forme algébrique (a,b∈R).
∣z∣=a2+b2=zz
Le module ∣z∣ est un réel positif ou nul. Il vérifie les propriétés fondamentales suivantes pour tous z,z′∈C :
∣z∣=0⟺z=0;∣z∣=∣z∣=∣−z∣
∣z⋅z′∣=∣z∣⋅∣z′∣;∣zn∣=∣z∣n(n∈Z)
z′=0
z′z=∣z′∣∣z∣
Piège classique · 18
Soient les nombres complexes z1=3 et z2=4i. Quelle est la valeur de ∣z1+z2∣ ?
Attention
Calculer ∣z1+z2∣=∣z1∣+∣z2∣=3+4=7 en croyant que le module d'une somme est égal à la somme des modules.
À la place : Le module n'est pas additif : en général, ∣z1+z2∣=∣z1∣+∣z2∣ (on a l'inégalité triangulaire ∣z1+z2∣≤∣z1∣+∣z2∣). Il faut calculer le module de la somme algébrique : ∣3+4i∣=32+42=25=5.
Exemple travaillé · 19
Calculer le module du nombre complexe Z=(1−i3)3(1+i)10 sans effectuer de développement algébrique.
1
On utilise les propriétés opératoires du module : le module d'un quotient est le quotient des modules, et le module d'une puissance est la puissance du module.
2
∣1+i∣=12+12=2
3
On élève ce module à la puissance 10 :
4
∣(1+i)10∣=∣1+i∣10=(2)10=25=32
5
On calcule ensuite le module du terme de base au dénominateur :
6
∣1−i3∣=12+(−3)2=1+3=4=2
7
On élève ce module au cube :
8
∣(1−i3)3∣=23=8
9
On effectue le quotient des modules obtenus :
10
∣Z∣=∣(1−i3)3∣∣(1+i)10∣=832=4
Définition · 20
Distance et lieux géométriques élémentaires
Le plan est muni d'un repère orthonormé direct (O,u,v). Soient A(zA) et B(zB) deux points du plan complexe.
zAB=zB−zA⟹AB=∥AB∥=∣zB−zA∣
Le module de la différence de deux affixes mesure exactement la distance euclidienne entre les deux points. Cette propriété caractérise deux configurations fondamentales :
∣z−zA∣=R(R>0)⟺AM=R
Remarque
L'ensemble des points M(z) vérifiant ∣z−zA∣=R est le cercle de centre A et de rayon R.
∣z−zA∣=∣z−zB∣⟺AM=BM
Remarque
L'ensemble des points M(z) vérifiant ∣z−zA∣=∣z−zB∣ est la médiatrice du segment [AB].
Piège classique · 21
On considère l'ensemble des points M d'affixe z tels que ∣z+3−4i∣=2. Quelles sont les coordonnées du centre Ω de ce cercle ?
Attention
Lire directement les nombres dans l'expression et proposer Ω(3;−4).
À la place : La distance ΩM correspond à ∣z−zΩ∣. Il faut obligatoirement factoriser par le signe « − » : ∣z+3−4i∣=∣z−(−3+4i)∣=2. L'affixe du centre est donc zΩ=−3+4i, ce qui donne Ω(−3;4).
Exemple travaillé · 22
Déterminer l'ensemble des points M d'affixe z tels que : ∣iz+2−i∣=∣z−1+3i∣.
1
Pour transformer le membre de gauche, on factorise par i à l'intérieur du module en utilisant ∣i∣=1.
2
∣iz+2−i∣=i(z+i2−i)=∣i∣⋅∣z−(1+2i)∣=∣z−(1+2i)∣
3
Soit A le point d'affixe zA=1+2i. Le membre de gauche s'écrit donc AM.
4
Pour transformer le membre de droite, on utilise la propriété ∣w∣=∣w∣ afin de faire disparaître le conjugué z.
5
∣z−1+3i∣=∣z−(1−3i)∣=∣z−(1−3i)∣
6
Soit B le point d'affixe zB=1−3i. Le membre de droite s'écrit donc BM.
7
On interprète géométriquement l'égalité des distances :
8
∣z−zA∣=∣z−zB∣⟺AM=BM
9
L'ensemble des points M est la médiatrice du segment [AB], où A(1;2) et B(1;−3).
Vérification · 23
L'ensemble des points M(z) vérifiant l'égalité ∣z−2+i∣=3 est le cercle de centre Ω et de rayon R=3. Précise les coordonnées (xΩ;yΩ) de ce centre.
Remarque
L'équation s'écrit ∣z−(2−i)∣=3, d'où zΩ=2−i. Le centre Ω a donc pour abscisse xΩ=2 et pour ordonnée yΩ=−1.
Point de départ · 24
Jusqu'ici, un nombre complexe z=a+ib est repéré par ses coordonnées cartésiennes (a;b) dans le repère orthonormé direct (O,u,v). Mais que se passe-t-il si l'on décrit la position du point image M par sa distance à l'origine r=OM et la direction de la demi-droite [OM) ?
En projetant le point M sur les deux axes, les relations trigonométriques dans le triangle rectangle donnent a=rcosθ et b=rsinθ. Le nombre complexe s'écrit alors z=r(cosθ+isinθ) : c'est sa forme trigonométrique.
Définition · 25
Argument et forme trigonométrique
Le plan est rapporté à un repère orthonormé direct (O,u,v). Soit z un nombre complexe non nul d'image M.
arg(z)≡(u,OM)(mod2π)
On appelle argument de z, noté arg(z), toute mesure en radians de l'angle orienté (u,OM). Si θ est un argument de z, l'ensemble de tous ses arguments est {θ+2kπ,k∈Z}.
r=∣z∣=a2+b2>0
cosθ=ra=∣z∣Re(z)etsinθ=rb=∣z∣Im(z)
z=r(cosθ+isinθ)=[r;θ]
Remarque
Le nombre complexe 0 a pour module 0, mais il n'admet aucun argument.
Piège classique · 26
Quelle est la forme trigonométrique du nombre complexe z=−4 ?
Attention
Écrire z=−4(cos0+isin0) en considérant que le module vaut −4 et que l'argument est 0.
À la place : Le module d'un nombre complexe non nul est toujours un réel strictement positif : ici ∣z∣=∣−4∣=4. Le point image M(−4;0) est situé sur la partie négative de l'axe des abscisses, donc (u,OM)≡π(mod2π). La forme trigonométrique exacte est z=4(cosπ+isinπ)=[4;π].
Exemple travaillé · 27
Écrire le nombre complexe z=−3+3i sous forme trigonométrique.
1
On calcule d'abord le module r=∣z∣.
2
r=(−3)2+32=3+9=12=23
3
On détermine un argument θ en identifiant cosθ et sinθ.
4
cosθ=23−3=−21etsinθ=233=23
5
Puisque cosθ<0 et sinθ>0, l'angle θ appartient au deuxième quadrant. On utilise la relation avec l'angle remarquable 3π.
6
θ≡π−3π≡32π(mod2π)
7
On conclut en écrivant la forme trigonométrique et la forme polaire correspondantes.
8
z=23(cos32π+isin32π)=[23;32π]
Définition · 28
Propriétés opératoires des arguments
Soient z=[r;θ] et z′=[r′;θ′] deux nombres complexes non nuls. Les opérations s'expriment simplement sur les modules et les arguments :
z⋅z′=[rr′;θ+θ′]⟹arg(zz′)≡arg(z)+arg(z′)(mod2π)
z1=[r1;−θ]⟹arg(z1)≡−arg(z)(mod2π)
z′z=[r′r;θ−θ′]⟹arg(z′z)≡arg(z)−arg(z′)(mod2π)
zn=[rn;nθ]⟹arg(zn)≡narg(z)(mod2π)(n∈Z)
z=[r;−θ]⟹arg(z)≡−arg(z)(mod2π)
Exemple travaillé · 29
Soient z1=1+i et z2=3+i. Écrire le quotient Z=z2z1 sous forme trigonométrique, puis sous forme algébrique. En déduire la valeur exacte de cos12π.
1
On détermine la forme trigonométrique de z1 et z2 :
2
z1=2(cos4π+isin4π)=[2;4π]
3
z2=2(23+21i)=2(cos6π+isin6π)=[2;6π]
4
On calcule la forme trigonométrique du quotient Z en appliquant les règles sur le module et l'argument :
On identifie les parties réelles des deux écritures de Z :
9
22cos12π=43+1⟹cos12π=22⋅43+1=46+2
Vérification · 30
On donne z=[2;4π] et z′=[2;−3π]. Détermine le module ∣Z∣ et un argument θ du nombre complexe Z=z2⋅z′.
Remarque
On applique les propriétés opératoires : ∣Z∣=∣z∣2⋅∣z′∣=22⋅2=42. Pour l'argument : θ≡2arg(z)+arg(z′)≡2(4π)−3π=2π−3π=6π(mod2π).
Point de départ · 31
Pour calculer (1+i3)12, utiliser la forme trigonométrique [2;3π] est déjà bien plus rapide que de développer le binôme. Mais ne pourrait-on pas rendre ces calculs aussi simples et naturels que les règles usuelles sur les puissances de nombres réels ?
Pour simplifier l'écriture, on pose eiθ=cosθ+isinθ. C'est la notation exponentielle d'Euler : une écriture compacte qui transforme la multiplication des nombres complexes et les formules trigonométriques en de simples additions d'exposants.
Définition · 32
Forme exponentielle d'un nombre complexe
Pour tout réel θ, on note eiθ le nombre complexe de module 1 et d'argument θ défini par :
eiθ=cosθ+isinθ
Tout nombre complexe non nul z de module r=∣z∣>0 et d'argument θ s'écrit de manière unique sous forme exponentielle :
z=reiθ
Pour tous réels θ,θ′ et réels strictement positifs r,r′ :
reiθ=r′eiθ′⟺{r=r′θ≡θ′(mod2π)
eiθ⋅eiθ′=ei(θ+θ′);eiθ1=e−iθ;eiθ′eiθ=ei(θ−θ′)
reiθ=re−iθ;−reiθ=rei(θ+π)
Exemple travaillé · 33
1. Écrire les nombres complexes z=3−i et z′=1+i sous forme exponentielle. 2. En déduire la forme algébrique du quotient Z=(3−i)8(1+i)14.
1
On détermine la forme exponentielle de z=3−i : ∣z∣=3+1=2, avec cosθ=23 et sinθ=−21, d'où θ≡−6π(mod2π).
2
z=3−i=2e−i6π
3
Pour z′=1+i : ∣z′∣=1+1=2, et arg(z′)≡4π(mod2π).
4
z′=1+i=2ei4π
5
On calcule les puissances respectives au numérateur et au dénominateur en appliquant les règles d'exposants :
Pour tout réel θ et tout entier relatif n, la règle sur la puissance d'une exponentielle s'écrit :
(eiθ)n=einθ
En réécrivant cette égalité avec les cosinus et les sinus, on obtient la formule de Moivre :
(cosθ+isinθ)n=cos(nθ)+isin(nθ)
Inversement, en combinant eiθ=cosθ+isinθ et e−iθ=cosθ−isinθ, on exprime les fonctions circulaires par les formules d'Euler :
cosθ=2eiθ+e−iθetsinθ=2ieiθ−e−iθ
Remarque
Les formules d'Euler permettent notamment de linéariser des expressions du type cosnθ ou sinnθ, c'est-à-dire de les transformer en une somme de cosinus et de sinus simples.
Exemple travaillé · 35
Linéariser l'expression cos3x pour tout réel x.
1
On remplace cosx par sa formule d'Euler :
2
cos3x=(2eix+e−ix)3=81(eix+e−ix)3
3
On développe à l'aide de l'identité remarquable (a+b)3=a3+3a2b+3ab2+b3 :
4
(eix+e−ix)3=ei3x+3(eix)2e−ix+3eix(e−ix)2+e−i3x
5
On simplifie les termes centraux : (eix)2e−ix=ei2xe−ix=eix et eix(e−ix)2=eixe−i2x=e−ix.
6
=(ei3x+e−i3x)+3(eix+e−ix)
7
On regroupe les termes conjugués pour réappliquer la relation eikx+e−ikx=2cos(kx) :
8
cos3x=81(2cos(3x)+3⋅2cosx)=41cos(3x)+43cosx
Piège classique · 36
On considère le nombre complexe z=2ei6π. Quelle est la forme algébrique de z3 ?
Attention
Calculer z3=2ei(3×6π)=2ei2π=2i en oubliant d'élever le module 2 à la puissance 3.
À la place : La puissance porte sur l'ensemble du nombre complexe : (reiθ)n=rneinθ. Pour z=2ei6π, on a z3=23ei(3×6π)=8ei2π=8i.
Vérification · 37
On pose u=−1+i. Écris la forme exponentielle de u, puis détermine la partie réelle et la partie imaginaire de u11.
Remarque
On a ∣u∣=2 et arg(u)≡43π(mod2π), d'où u=2ei43π. Alors u11=(2)11ei433π=322ei(8π+4π)=322(22+i22)=32+32i.
Point de départ · 38
Comment transformer une somme du type 1+eiθ en un produit sous forme exponentielle reiφ ?
L'idée fondamentale consiste à factoriser par l'exponentielle de l'angle moitié ei2θ. On fait ainsi apparaître la formule d'Euler : e−i2θ+ei2θ=2cos(2θ).
Définition · 39
Technique de factorisation par l'arc moitié
Pour tout réel θ, la factorisation par ei2θ donne les identités remarquables suivantes :
1+eiθ=ei2θ(e−i2θ+ei2θ)=2cos(2θ)ei2θ
1−eiθ=ei2θ(e−i2θ−ei2θ)=−2isin(2θ)ei2θ
De manière plus générale, pour tous réels α et β :
eiα+eiβ=2cos(2α−β)ei2α+β
eiα−eiβ=2isin(2α−β)ei2α+β
Remarque
Attention : cette écriture n'est sous forme exponentielle canonique que si le coefficient réel d'amplitude est strictement positif.
Exemple travaillé · 40
Soit θ∈]0;π[. Mettre le nombre complexe z=1+eiθ sous forme exponentielle.
1
On factorise par l'angle moitié ei2θ et on applique la formule d'Euler du cosinus :
2
z=ei2θ(e−i2θ+ei2θ)=2cos(2θ)ei2θ
3
On étudie le signe du coefficient réel : comme θ∈]0;π[, on a 2θ∈]0;2π[, d'où cos(2θ)>0.
4
Le coefficient 2cos(2θ) est strictement positif, il s'agit donc bien du module de z :
5
∣z∣=2cos(2θ)etarg(z)≡2θ(mod2π)
Piège classique · 41
Soit θ∈]π;2π[. On a établi l'égalité : Z=1+eiθ=2cos(2θ)ei2θ. Quel est le module ∣Z∣ et un argument de Z ?
Attention
Écrire directement ∣Z∣=2cos(2θ), en oubliant que ce terme est strictement négatif sur cet intervalle.
À la place : Pour θ∈]π;2π[, on a 2θ∈]2π;π[, donc cos(2θ)<0. Un module ne pouvant pas être négatif, on compense par le facteur −1=eiπ : Z=−2cos(2θ)⋅(−1)ei2θ=−2cos(2θ)ei(2θ+π). Le module est −2cos(2θ)>0 et l'argument est 2θ+π.
Exemple travaillé · 42
Soit θ∈]0;π[. Mettre le nombre complexe u=1−eiθ sous forme exponentielle.
1
On factorise par l'angle moitié ei2θ et on utilise la formule d'Euler du sinus :
2
u=ei2θ(e−i2θ−ei2θ)=−2isin(2θ)ei2θ
3
Pour transformer le facteur −i en exponentielle, on utilise l'égalité −i=e−i2π :
4
u=2sin(2θ)e−i2πei2θ=2sin(2θ)ei(2θ−π)
5
On vérifie le signe du coefficient : comme θ∈]0;π[, 2θ∈]0;2π[, donc sin(2θ)>0.
6
Le coefficient 2sin(2θ) est strictement positif. La forme exponentielle de u est donc :
7
u=2sin(2θ)ei(2θ−π)
Vérification · 43
On pose z=1+ei34π. Détermine son module ∣z∣ et sa mesure principale d'argument θ∈]−π;π].
Remarque
Par la factorisation de l'arc moitié : 1+ei34π=2cos(32π)ei32π=2(−21)ei32π=−ei32π. Comme le coefficient −1 est négatif, on compense par −1=eiπ : z=ei(32π+π)=ei35π=e−i3π. On a donc ∣z∣=1 et arg(z)≡−3π(mod2π).
Point de départ · 44
Comment mesurer l'angle orienté (AB,AC) formé par deux vecteurs à partir des seules affixes des points A, B et C ?
D'après la relation de Chasles sur les angles orientés de vecteurs : (AB,AC)≡(u,AC)−(u,AB)(mod2π). Comme (u,AC)≡arg(zC−zA) et (u,AB)≡arg(zB−zA), la différence des angles devient l'argument d'un quotient d'affixes : arg(zB−zAzC−zA).
Définition · 45
Rapport de deux vecteurs, distance et angle
Soient A, B et C trois points distincts du plan complexe d'affixes respectives zA, zB et zC.
zB−zAzC−zA=∣zB−zA∣∣zC−zA∣=ABAC
arg(zB−zAzC−zA)≡(AB,AC)(mod2π)
Remarque
Pour quatre points distincts A,B,C,D, la relation s'étend aux deux vecteurs : arg(zB−zAzD−zC)≡(AB,CD)(mod2π).
Définition · 46
Caractérisation de l'alignement et de l'orthogonalité
La nature algébrique du quotient zB−zAzC−zA caractérise directement la disposition géométrique des points A,B et C :
A,B,C sont aligneˊs⟺zB−zAzC−zA∈R∗
L'angle orienté (AB,AC) est alors congru à 0 modulo π, ce qui traduit la colinéarité des vecteurs AB et AC.
(AB)⊥(AC)⟺zB−zAzC−zA∈iR∗
L'angle orienté (AB,AC) est alors congru à 2π modulo π, ce qui traduit l'orthogonalité des droites (AB) et (AC).
Exemple travaillé · 47
Soient les points A,B et C d'affixes respectives zA=1+2i, zB=3+i et zC=2+4i. Déterminer la nature du triangle ABC en étudiant le quotient zB−zAzC−zA.
1
On calcule les affixes des deux vecteurs issus du sommet commun A :
2
zC−zA=(2+4i)−(1+2i)=1+2i
3
zB−zA=(3+i)−(1+2i)=2−i
4
On effectue le quotient en multipliant par le conjugué du dénominateur 2+i :
On interprète le module : ∣i∣=1, d'où ABAC=1, ce qui donne AB=AC.
7
On interprète l'argument : arg(i)≡2π(mod2π), d'où (AB,AC)≡2π(mod2π).
8
Le triangle ABC est donc rectangle et isocèle en A (direct).
Piège classique · 48
Dans le plan complexe, quel est l'ensemble des points M(z) vérifiant la condition : arg(z−zBz−zA)≡2π(mod2π) ?
Attention
Conclure que l'ensemble des points M est le cercle entier de diamètre [AB] privé de A et B.
À la place : Une condition modulo π donnerait le cercle complet (orthogonalité sans signe fixé). Ici, la congruence est modulo 2π : l'angle orienté (MB,MA) doit valoir exactement +2π (sens direct). Les points M sont situés uniquement d'un côté de la droite (AB), formant un demi-cercle ouvert de diamètre [AB].
Vérification · 49
Soient trois points distincts A,B et C vérifiant : zB−zAzC−zA=−2i. Détermine la position relative des droites (AB) et (AC), ainsi que la valeur du rapport des longueurs ABAC.
Remarque
Le quotient est un imaginaire pur : zB−zAzC−zA=−2i∈iR∗, donc (AB,AC)≡−2π(mod2π). Les droites (AB) et (AC) sont donc perpendiculaires. De plus, le rapport des longueurs est donné par le module : ABAC=∣−2i∣=2.
Point de départ · 50
Dans R, un nombre réel strictement négatif n'admet aucune racine carrée. Dans C, on sait que i2=−1, donc −1 admet deux racines carrées opposées : i et −i. Mais qu'en est-il d'un nombre complexe quelconque comme 3+4i ? Existe-t-il des nombres complexes dont le carré vaut exactement 3+4i ?
Tout nombre complexe non nul admet exactement deux racines carrées opposées dans C. Pour les déterminer, on utilise une méthode algébrique systématique reliant parties réelles, parties imaginaires et modules.
Définition · 51
Racines carrées d'un nombre complexe
Soit Z=a+ib (a,b∈R) un nombre complexe donné. On appelle racine carrée de Z tout nombre complexe z=x+iy (x,y∈R) vérifiant :
z2=Z
En développant (x+iy)2=x2−y2+2ixy et en exploitant l'égalité des modules ∣z2∣=∣z∣2=∣Z∣, l'égalité z2=Z équivaut au système réel de trois équations :
⎩⎨⎧x2−y2=ax2+y2=a2+b22xy=b
Remarque
La troisième relation 2xy=b détermine si x et y sont de même signe (si b>0) ou de signes contraires (si b<0).
Z=0⟹Z admet exactement deux racines carreˊes opposeˊes δ et −δ
Remarque
Le symbole de radical Z est réservé exclusivement aux réels positifs ou nuls. L'écriture Z ou Δ n'a aucun sens mathématique lorsque le nombre sous le radical n'est pas un réel positif.
Piège classique · 52
Pour déterminer les racines carrées de Z=3−4i, un élève résout les deux premières équations et trouve x2=4 (donc x=±2) et y2=1 (donc y=±1). Combien de racines carrées distinctes du complexe Z obtient-on en combinant ces valeurs ?
Attention
Associer indépendamment chaque signe de x avec chaque signe de y pour proposer 4 solutions : 2+i, 2−i, −2+i et −2−i.
À la place : Il faut impérativement utiliser l'équation du double produit 2xy=b. Ici, 2xy=−4<0, ce qui impose que x et y soient strictement de signes contraires. On n'obtient donc que deux solutions opposées : 2−i et −2+i.
Exemple travaillé · 53
Déterminer sous forme algébrique les racines carrées du nombre complexe Z=3+4i.
1
On pose z=x+iy avec x,y∈R tel que z2=Z. On calcule d'abord le module de Z :
2
∣Z∣=32+42=9+16=25=5
3
On écrit le système d'identification cartésien et modulaire :
4
⎩⎨⎧x2−y2=3(1)x2+y2=5(2)2xy=4(3)
5
On additionne membre à membre les équations (1) et (2) pour trouver x2 :
6
2x2=8⟹x2=4⟹x=2oux=−2
7
On soustrait l'équation (1) de l'équation (2) pour trouver y2 :
8
2y2=2⟹y2=1⟹y=1ouy=−1
9
D'après l'équation (3), on a 2xy=4>0, donc x et y sont de même signe.
10
Les racines carrées de 3+4i sont donc les deux complexes opposés :
11
δ1=2+ietδ2=−2−i
Définition · 54
Équations du second degré à coefficients complexes
Soient a,b,c trois nombres complexes avec a=0. On considère l'équation dans C :
az2+bz+c=0
On pose le discriminant Δ=b2−4ac. Soit δ une racine carrée complexe de Δ vérifiant δ2=Δ.
z1=2a−b−δetz2=2a−b+δ
Remarque
Si Δ=0, l'équation admet une unique racine double z0=−2ab.
Comme dans R, le trinôme se factorise et ses racines vérifient les relations de somme et de produit :
az2+bz+c=a(z−z1)(z−z2);z1+z2=−ab;z1z2=ac
Exemple travaillé · 55
Résoudre dans C l'équation : z2−(1−2i)z+1−7i=0.
1
On calcule le discriminant Δ=b2−4ac avec a=1, b=−(1−2i) et c=1−7i :
2
Δ=(−(1−2i))2−4(1)(1−7i)=(1−4i−4)−4+28i=−7+24i
3
On cherche une racine carrée δ=x+iy de Δ. On a ∣Δ∣=(−7)2+242=49+576=625=25.
4
⎩⎨⎧x2−y2=−7x2+y2=252xy=24>0
5
On en déduit 2x2=18⟹x2=9⟹x=±3, et 2y2=32⟹y2=16⟹y=±4. Puisque 2xy>0, x et y sont de même signe. On choisit une racine carrée :
6
δ=3+4i
7
On applique les formules des racines avec δ :
8
z1=2(1−2i)+(3+4i)=24+2i=2+i
9
z2=2(1−2i)−(3+4i)=2−2−6i=−1−3i
10
L'ensemble des solutions est SC={2+i;−1−3i}.
Vérification · 56
On cherche les racines carrées δ=x+iy (x,y∈R) du nombre complexe Z=−3+4i. En choisissant la solution vérifiant x>0, détermine les valeurs de x et y.
Remarque
On calcule ∣Z∣=(−3)2+42=5. Le système s'écrit x2−y2=−3, x2+y2=5 et 2xy=4>0. Par addition, 2x2=2⟹x2=1⟹x=1 (car x>0). Par soustraction, 2y2=8⟹y2=4⟹y=2 (car x et y ont même signe puisque 2xy>0). La racine carrée avec x>0 est δ=1+2i.
Point de départ · 57
Dans l'ensemble des réels R, l'équation x3=1 n'admet qu'une seule solution (x=1). Dans l'ensemble des nombres complexes C, combien de solutions distinctes admet cette équation ?
En posant z=reiθ, l'égalité z3=1 s'écrit r3ei3θ=1ei0. On en déduit r=1 et 3θ≡0(mod2π), ce qui donne θ≡32kπ pour k∈{0,1,2}. Il y a exactement trois solutions dans C, et leurs points images forment un triangle équilatéral inscrit dans le cercle unité.
Définition · 58
Racines n-ièmes d'un nombre complexe
Soit a=reiθ un nombre complexe non nul (r>0,θ∈R) et n un entier naturel tel que n≥2. On appelle racine n-ième de a toute solution dans C de l'équation :
zn=a
Le nombre a admet exactement n racines n-ièmes distinctes dans C, données par la formule :
k∈{0,1,…,n−1}
zk=nrei(nθ+n2kπ)
Cas particulier fondamental : les racines n-ièmes de l'unité sont les n solutions de l'équation zn=1 :
zk=ein2kπavec k∈{0,1,…,n−1}
Remarque
Dans le plan complexe muni d'un repère orthonormé direct, les points images des n racines n-ièmes de a sont les sommets d'un polygone régulier à n côtés, inscrit dans le cercle de centre O et de rayon nr.
Piège classique · 59
On cherche les racines quatrièmes du nombre complexe Z=16ei3π. Quel est le module et l'ensemble des arguments de ces racines ?
Attention
Prendre 16=4 au lieu de 416=2 pour le module, ou diviser l'argument par 4 sans ajouter le terme de déphasage 42kπ.
À la place : Le module d'une racine quatrième est 4∣Z∣=416=2 (car 24=16). Pour les arguments, la division de la congruence modulo 2π par 4 introduit un pas angulaire : θk=4π/3+2kπ=12π+2kπ pour k∈{0,1,2,3}.
Exemple travaillé · 60
Déterminer les racines cubiques du nombre complexe a=42+4i2 sous forme exponentielle.
1
On écrit d'abord a sous forme exponentielle en calculant son module et son argument :
2
∣a∣=(42)2+(42)2=32+32=64=8
3
On détermine un argument θ de a :
4
cosθ=842=22etsinθ=842=22⟹θ≡4π(mod2π)
5
On a donc a=8ei4π. Les racines cubiques de a sont les solutions de z3=a. Leur module est 38=2 :
6
zk=2ei(3π/4+2kπ)=2ei(12π+32kπ)pour k∈{0,1,2}
7
On évalue les trois racines pour k∈{0,1,2} :
8
k=0⟹z0=2ei12π
9
k=1⟹z1=2ei(12π+128π)=2ei129π=2ei43π
10
k=2⟹z2=2ei(12π+1216π)=2ei1217π=2e−i127π
Exemple travaillé · 61
On note j=ei32π=−21+i23. 1. Exprimer j2 sous forme exponentielle et algébrique, puis vérifier que j2=j et j3=1. 2. Démontrer que 1+j+j2=0.
1
On calcule j2 à l'aide des règles sur les puissances d'exponentielles :
2
j2=(ei32π)2=ei34π=e−i32π=j
3
Sous forme algébrique :
4
j2=cos(−32π)+isin(−32π)=−21−i23
5
On vérifie ensuite la puissance cubique :
6
j3=(ei32π)3=ei2π=1
7
On effectue la somme des trois termes sous forme algébrique :
8
1+j+j2=1+(−21+i23)+(−21−i23)=1−1+0i=0
9
Autre méthode : 1+j+j2 est la somme des 3 premiers termes de la suite géométrique de premier terme 1 et de raison j=1 :
10
1+j+j2=1−j1−j3=1−j1−1=0
Vérification · 62
On considère l'équation z4=−1. Précise le module commun ∣zk∣ de ses solutions ainsi que la solution z0 dont l'argument appartient à ]0;2π[.
Remarque
On écrit −1=eiπ. Les racines quatrièmes sont zk=41ei(4π+2kπ)=ei(4π+2kπ) pour k∈{0,1,2,3}. Leur module vaut ∣zk∣=1. Pour k=0, on obtient z0=ei4π dont l'argument vaut 4π∈]0;2π[.
Point de départ · 63
Comment résoudre dans C une équation de degré 3 comme z3+(−8+i)z2+(17−8i)z+17i=0 alors qu'il n'existe aucune formule générale de discriminant pour le degré 3 au programme du lycée ?
Dans les sujets d'examen, une équation de degré supérieur ou égal à 3 est presque toujours accompagnée d'une indication sur l'existence d'une solution remarquable : une solution réelle (z=x∈R) ou une solution imaginaire pure (z=iy avec y∈R). Trouver cette première racine permet d'abaisser le degré par factorisation et de ramener le problème à une équation du second degré classique.
Définition · 64
Racines remarquables et factorisation d'un polynôme complexe
Soit P(z)=0 une équation polynomiale de degré supérieur ou égal à 3 à coefficients complexes.
z0∈R⟹z=x(x∈R)tel que{Re(P(x))=0Im(P(x))=0
z0∈iR⟹z=iy(y∈R)tel que{Re(P(iy))=0Im(P(iy))=0
Dès qu'une racine z0 est validée, le polynôme P(z) se factorise par (z−z0) :
P(z)=(z−z0)Q(z)
Remarque
Le quotient Q(z) est un polynôme de degré n−1, dont on détermine les coefficients par identification polynomiale ou par division euclidienne.
Piège classique · 65
On cherche une racine imaginaire pure z=iy (y∈R) d'une équation P(z)=0. En développant, on obtient le système : {y3+y2+4y−3=0−2y2−y+6=0. L'équation du second degré donne deux solutions réelles : y=23 et y=−2. Peut-on affirmer que z1=23i et z2=−2i sont toutes deux solutions de P(z)=0 ?
Attention
Valider immédiatement les solutions d'une seule des deux équations sans tester si elles annulent aussi la seconde.
À la place : Un nombre complexe est nul si et seulement si sa partie réelle ET sa partie imaginaire sont nulles en même temps. Les solutions trouvées dans l'équation du second degré ne sont que des candidates : il faut obligatoirement les tester dans la première équation pour éliminer les solutions parasites.
Exemple travaillé · 66
On considère dans C l'équation (E):z3+(−8+i)z2+(17−8i)z+17i=0. 1. Montrer que (E) admet une solution imaginaire pure notée z0. 2. Déterminer les réels a,b,c tels que pour tout z∈C : z3+(−8+i)z2+(17−8i)z+17i=(z−z0)(az2+bz+c). 3. Résoudre l'équation (E) dans C.
1
On pose z=iy avec y∈R et on injecte dans l'équation en utilisant i2=−1 et i3=−i :
L'équation de partie réelle donne y=0 ou y=−1. En testant dans la partie imaginaire : pour y=0, elle vaut 17=0. Pour y=−1, elle s'annule bien. La racine imaginaire pure est donc z0=−i.
6
On factorise par z−(−i)=z+i en développant (z+i)(az2+bz+c)=az3+(b+ia)z2+(c+ib)z+ic :
L'ensemble des solutions de (E) est SC={−i;4−i;4+i}.
Exemple travaillé · 67
Soit n∈N∗. Démontrer que toutes les solutions dans C de l'équation (z+1)n+(z−1)n=0 sont des nombres imaginaires purs.
1
On isole les deux puissances n-ièmes :
2
(z+1)n=−(z−1)n
3
On vérifie si z=1 peut être solution : pour z=1, le membre de gauche vaut 2n=0 et le membre de droite vaut 0, donc z=1.
4
Au lieu de développer par la formule du binôme, on prend le module des deux membres :
5
∣z+1∣n=∣−(z−1)n∣=∣−1∣⋅∣z−1∣n=∣z−1∣n
6
Puisque les modules sont des réels positifs ou nuls, l'égalité des puissances n-ièmes équivaut à l'égalité des bases :
7
∣z+1∣=∣z−1∣⟺∣z−(−1)∣=∣z−1∣
8
Soient les points A(1) et B(−1). L'égalité se traduit géométriquement par BM=AM : le point M(z) appartient à la médiatrice du segment [AB].
9
Comme A(1;0) et B(−1;0) sont symétriques par rapport à l'origine sur l'axe des abscisses, la médiatrice de [AB] est l'axe des ordonnées (O,v) d'équation x=0.
10
Tout point de cet axe a une abscisse nulle, d'où Re(z)=0. Toutes les solutions sont donc des imaginaires purs.
Vérification · 68
Soit l'équation z3=i(z−1)3. En prenant le module des deux membres, détermine l'égalité de distances vérifiée par les points images M(z), ainsi que l'équation cartésienne de la droite qui les contient tous.
Remarque
En prenant le module : ∣z3∣=∣i(z−1)3∣⟹∣z∣3=∣i∣⋅∣z−1∣3=1⋅∣z−1∣3=∣z−1∣3. Les modules étant positifs, on a ∣z∣=∣z−1∣. Avec O(0) et A(1), cela donne OM=AM. Le point M appartient à la médiatrice de [OA], qui est la droite verticale d'équation x=21.