Dans une équation algébrique classique, l'inconnue est un nombre x. Dans une équation différentielle, l'inconnue est une fonction y, et l'équation établit un lien entre cette fonction et sa dérivée y′.
Quelle fonction dérivable sur R vérifie pour tout réel x l'égalité y′(x)=y(x) ?
Remarque
La fonction exponentielle est sa propre dérivée : (ex)′=ex. Elle constitue le bloc fondamental pour résoudre les équations différentielles linéaires.
Définition · 2
Définition et résolution de y′=ay
Une équation différentielle d'ordre 1 est une équation liant une fonction inconnue y, dérivable sur un intervalle, et sa dérivée première y′.
Soit a un réel donné. L'équation y′=ay est l'équation différentielle linéaire homogène du premier ordre à coefficients constants.
f(x)=keaxavec k∈R
Remarque
Cette équation admet une infinité de solutions sur R, déterminées par le choix de la constante réelle k.
Exemple travaillé · 3
Résoudre sur R l'équation différentielle y′=3y, puis déterminer l'unique solution f vérifiant f(0)=5.
1
On identifie le coefficient a=3 et on écrit la forme générale des solutions sur R :
f(x)=ke3x(k∈R)
2
On utilise la condition initiale f(0)=5 pour déterminer la constante k :
f(0)=ke3×0=ke0=k
3
On en déduit immédiatement la valeur de k :
k=5
4
L'unique solution satisfaisant la condition initiale est :
f(x)=5e3x
Piège classique · 4
On considère l'équation différentielle y′+4y=0. Quelle est la forme générale de ses solutions sur R (k∈R) ?
Attention
Identifier a=4 directement en lisant +4y et écrire f(x)=ke4x.
À la place : Il faut d'abord isoler y′ sous la forme canonique y′=ay : ici y′=−4y, donc a=−4, ce qui donne f(x)=ke−4x.
Exemple travaillé · 5
Résoudre sur R l'équation différentielle 2y′+5y=0, puis déterminer l'unique solution f vérifiant f(1)=2.
1
On isole y′ pour obtenir la forme canonique y′=ay :
2y′+5y=0⟺2y′=−5y⟺y′=−25y
2
On applique la formule avec a=−25 :
f(x)=ke−25x(k∈R)
3
On injecte la condition en x0=1 pour déterminer k :
f(1)=2⟺ke−25×1=2⟺k=2e25
4
On remplace k et on simplifie l'exposant :
f(x)=2e25e−25x=2e−25(x−1)
Vérification · 6
Soit f la solution sur R de l'équation différentielle 3y′−6y=0 vérifiant f(0)=2. Quelle est l'expression de f(x) ?
Remarque
On normalise l'équation : 3y′=6y⟺y′=2y. Les solutions sont donc f(x)=ke2x. Avec f(0)=2, on a ke0=2⟹k=2, d'où f(x)=2e2x.
Point de départ · 7
On cherche une fonction constante f(x)=c solution de l'équation différentielle y′=2y−6. Quelle doit être la valeur de c ?
Remarque
Pour une fonction constante, la dérivée est nulle (f′=0). L'équation devient 0=2c−6, soit 2c=6 et donc c=3. Cette fonction constante constitue la solution particulière de référence.
Définition · 8
Équation différentielle affine y′=ay+b
Soient a et b deux nombres réels avec a=0. L'équation y′=ay+b admet une unique solution constante, appelée solution stationnaire ou solution d'équilibre :
y0(x)=−ab
L'ensemble des solutions sur R s'obtient en ajoutant cette constante aux solutions de l'équation homogène y′=ay :
f(x)=keax−abavec k∈R
Exemple travaillé · 9
Résoudre sur R l'équation différentielle 2y′−3y=1.
1
On isole y′ pour obtenir la forme canonique y′=ay+b :
2y′−3y=1⟺2y′=3y+1⟺y′=23y+21
2
On identifie les coefficients de la forme canonique :
a=23etb=21
3
On calcule la solution constante particulière −ab :
−ab=−3/21/2=−31
4
On applique la formule générale avec k∈R :
f(x)=ke23x−31
Piège classique · 10
Soit f la solution sur R de l'équation y′=2y+6 vérifiant f(0)=1. Que vaut la constante k dans la forme f(x)=ke2x−3 ?
Attention
Poser directement k=1 par réflexe en pensant que k=f(0).
À la place : Dans une équation affine, la condition initiale fait intervenir le terme constant : f(0)=k−3=1, ce qui donne k=1+3=4.
Exemple travaillé · 11
Déterminer l'unique solution sur R de l'équation y′+y−2=0 vérifiant f(2)=5.
1
On réécrit l'équation sous la forme canonique y′=ay+b :
y′=−y+2
2
Ici a=−1 et b=2. La constante vaut −ab=−−12=2. Les solutions générales sont :
f(x)=ke−x+2(k∈R)
3
On applique la condition initiale en x0=2 pour déterminer k :
f(2)=5⟺ke−2+2=5⟺ke−2=3⟺k=3e2
4
On substitue k dans l'expression et on regroupe les puissances :
f(x)=3e2e−x+2=3e2−x+2
Vérification · 12
Quelle est l'unique solution f sur R de l'équation différentielle y′−2y+1=0 vérifiant f(0)=2 ?
Remarque
L'équation s'écrit y′=2y−1, donc a=2 et b=−1. La solution constante est −ab=21. La forme générale est f(x)=ke2x+21. La condition f(0)=2 donne k+21=2⟹k=23. L'unique solution est f(x)=23e2x+21.
Point de départ · 13
Pour les équations du premier ordre, la fonction exponentielle vérifiait y′=ay. Pour une équation où intervient la dérivée seconde y′′, quelles fonctions ont une dérivée seconde proportionnelle à elles-mêmes avec un coefficient négatif ?
Quelle fonction vérifie pour tout réel x l'égalité y′′(x)=−y(x) ?
Remarque
En dérivant deux fois cosx, on a (cosx)′=−sinx puis (cosx)′′=−cosx. Les fonctions trigonométriques constituent le socle fondamental des équations différentielles du second ordre.
Définition · 14
Équation différentielle y′′+ω2y=0
Soit ω un nombre réel non nul. L'équation y′′+ω2y=0 est l'équation différentielle linéaire homogène du second ordre à coefficients constants.
f(x)=Acos(ωx)+Bsin(ωx)avec (A,B)∈R2
Remarque
L'ensemble des solutions forme un espace de dimension 2, paramétré par deux constantes réelles arbitraires A et B.
Exemple travaillé · 15
Résoudre sur R l'équation différentielle y′′+9y=0, puis déterminer l'unique solution f vérifiant f(0)=2 et f′(0)=3.
1
On identifie ω2=9, d'où ω=3. La forme générale des solutions sur R est :
f(x)=Acos(3x)+Bsin(3x)((A,B)∈R2)
2
On utilise la condition initiale f(0)=2 :
f(0)=Acos(0)+Bsin(0)=A=2
3
On calcule la dérivée première de f sur R :
f′(x)=−3Asin(3x)+3Bcos(3x)
4
On applique la condition sur la dérivée f′(0)=3 pour déterminer B :
f′(0)=3B=3⟺B=1
5
L'unique solution du problème de Cauchy est :
f(x)=2cos(3x)+sin(3x)
Piège classique · 16
On considère l'équation différentielle y′′+16y=0. Quelle est la pulsation ω à utiliser dans les fonctions solutions ?
Attention
Prendre directement ω=16 en lisant le coefficient devant y.
À la place : L'équation s'écrit y′′+ω2y=0. Le coefficient vaut ω2=16, ce qui donne ω=16=4. Les solutions sont donc en cos(4x) et sin(4x).
Exemple travaillé · 17
Résoudre sur R l'équation différentielle 4y′′+y=0, puis déterminer l'unique solution f vérifiant f(0)=1 et f′(0)=−21.
1
On divise par 4 pour ramener l'équation à sa forme canonique y′′+ω2y=0 :
4y′′+y=0⟺y′′+41y=0
2
On identifie ω2=41, d'où ω=21. La forme générale des solutions est :
f(x)=Acos(2x)+Bsin(2x)((A,B)∈R2)
3
La condition f(0)=1 donne directement la constante A :
f(0)=A=1
4
On calcule la dérivée première de f sur R :
f′(x)=−2Asin(2x)+2Bcos(2x)
5
On utilise la condition f′(0)=−21 pour déterminer B :
f′(0)=2B=−21⟺B=−1
6
L'unique solution satisfaisant les conditions initiales est :
f(x)=cos(2x)−sin(2x)
Vérification · 18
Soit f la solution sur R de l'équation différentielle y′′+4y=0 vérifiant f(0)=0 et f′(0)=2. Quelle est l'expression de f(x) ?
Remarque
On a ω2=4⟹ω=2. Les solutions sont f(x)=Acos(2x)+Bsin(2x). La condition f(0)=0 donne A=0. En dérivant, f′(x)=2Bcos(2x), d'où f′(0)=2B=2⟹B=1. L'unique solution est donc f(x)=sin(2x).
Point de départ · 19
On cherche souvent à calculer l'intégrale ou une primitive d'une fonction f issue d'une équation différentielle.
On sait qu'une fonction f vérifie pour tout réel x : f′(x)=−f(x)+e−x. Comment exprimer f(x) pour trouver une primitive sans faire d'intégration par parties ?
Remarque
En réorganisant l'égalité, on obtient directement f(x)=e−x−f′(x). Comme une primitive de f′ est f et qu'une primitive de e−x est −e−x, on intègre immédiatement sans méthode lourde.
Définition · 20
Principe de superposition et primitives directes
Soit l'équation différentielle linéaire avec second membre (E):y′=ay+b(x) et son équation homogène associée (E0):y′=ay.
g est une solution particulieˋre connue de (E)
f est solution de (E)⟺f−g est solution de (E0)
De plus, toute solution f de (E) vérifie pour tout x l'égalité f(x)=a1(f′(x)−b(x)), ce qui fournit une primitive exacte sans intégration par parties.
Exemple travaillé · 21
On considère l'équation différentielle (E):y′+2y=2x+1. 1. Déterminer une fonction affine g(x)=ax+b solution particulière de (E). 2. En déduire l'ensemble des solutions de (E) sur R.
1
On pose g(x)=ax+b, d'où g′(x)=a. L'équation g′(x)+2g(x)=2x+1 s'écrit :
a+2(ax+b)=2x+1⟺2ax+(a+2b)=2x+1
2
Par identification des coefficients polynomiaux :
{2a=2a+2b=1⟺{a=1b=0
3
La fonction g(x)=x est donc une solution particulière de (E).
4
L'équation homogène associée (E0):y′=−2y a pour solutions :
y0(x)=ke−2x(k∈R)
5
Par le principe de superposition, les solutions de (E) sont f(x)=y0(x)+g(x) :
f(x)=ke−2x+x(k∈R)
Piège classique · 22
Soit f une solution de l'équation différentielle y′+y=e−x. Pour calculer l'intégrale ∫01f(x)dx, quelle démarche faut-il adopter ?
Attention
Appliquer d'emblée une formule d'intégration par parties sur f(x), ce qui complique les calculs et multiplie les risques d'erreur de signe.
À la place : Isoler f(x)=e−x−f′(x) grâce à l'équation différentielle. L'intégrale se calcule alors directement sans intégration par parties : ∫01f(x)dx=[−e−x−f(x)]01.
Exemple travaillé · 23
Soit f la fonction définie sur R par f(x)=(1+x)e−x, solution de l'équation y′+y=e−x. Calculer la valeur exacte de I=∫01f(x)dx sans intégration par parties.
1
Puisque f vérifie f′(x)+f(x)=e−x, on isole f(x) :
f(x)=e−x−f′(x)
2
On intègre chaque terme sur l'intervalle [0;1] :
I=∫01e−xdx−∫01f′(x)dx
3
On applique les primitives immédiates :
I=[−e−x]01−[f(x)]01
4
On évalue aux bornes avec f(0)=1 et f(1)=2e−1 :
I=(−e−1+1)−(2e−1−1)
5
On simplifie l'expression numérique :
I=2−3e−1
Vérification · 24
Soit f une fonction vérifiant pour tout réel x l'égalité f′(x)=2f(x)+3e2x. Quelle est l'expression d'une primitive F de f sur R ?
Remarque
De l'égalité f′(x)=2f(x)+3e2x, on déduit 2f(x)=f′(x)−3e2x, soit f(x)=21f′(x)−23e2x. En intégrant terme à terme, une primitive est F(x)=21f(x)−43e2x.
Définition · 25
Réduction d'ordre : changement d'inconnue z=y′
Lorsqu'une équation différentielle du second ordre ne contient pas explicitement la fonction y, mais seulement ses dérivées y′ et y′′, on abaisse son ordre d'une unité en posant z=y′.
y est deux fois deˊrivable sur R et z=y′
y′′=z′⟹ay′′+by′=c⟺az′+bz=c
On résout d'abord cette équation linéaire du premier ordre pour déterminer z. Les solutions y s'obtiennent ensuite en cherchant les primitives de z sur R.
Exemple travaillé · 26
Résoudre sur R l'équation différentielle (E):y′′+3y′=1, puis déterminer la solution f vérifiant f(0)=0 et f′(0)=0.
1
On effectue le changement d'inconnue z=y′, d'où z′=y′′. L'équation (E) devient l'équation du premier ordre :
z′+3z=1
2
On résout cette équation affine en z (a=−3, b=1, −ab=31) :
z(x)=ke−3x+31(k∈R)
3
La condition f′(0)=0 se traduit par z(0)=0 :
k+31=0⟺k=−31
4
On en déduit l'expression de la dérivée f′ :
f′(x)=−31e−3x+31
5
On intègre f′ pour trouver la fonction f sur R :
f(x)=91e−3x+31x+C(C∈R)
6
On détermine la constante C grâce à la condition f(0)=0 :
f(0)=91+C=0⟺C=−91
7
L'unique solution satisfaisant les deux conditions est :
f(x)=91e−3x+31x−91
Piège classique · 27
Après réduction d'ordre z=y′, on a obtenu y′(x)=2e−x+3. Quelle est la forme générale des fonctions y sur R (C∈R) ?
Attention
Écrire que la primitive de la constante 3 est une constante, donnant à tort y(x)=−2e−x+3+C ou y(x)=−2e−x+C.
À la place : La primitive d'une constante non nulle b par rapport à x est bx. L'intégration donne obligatoirement y(x)=−2e−x+3x+C.
Définition · 28
Équation intégrale et problème de Cauchy associé
Soit f une fonction continue sur R vérifiant pour tout réel x une relation intégrale du type f(x)=x+∫0xf(t)dt.
D'après le théorème fondamental de l'analyse, la fonction x↦∫0xf(t)dt est dérivable sur R et a pour dérivée f(x). En dérivant les deux membres, on obtient :
f′(x)=1+f(x)⟺f′=f+1
L'évaluation de la relation intégrale en x=0 donne immédiatement une condition initiale, car l'intégrale a des bornes confondues :
f(0)=0+∫00f(t)dt=0
Remarque
Une relation intégrale définit un problème de Cauchy complet : elle fournit à la fois l'équation différentielle et sa condition initiale.
Piège classique · 29
Une fonction f vérifie pour tout réel x : f(x)=x+∫0xf(t)dt. En dérivant, on trouve f′=f+1, dont les solutions sont f(x)=kex−1 (k∈R). Que vaut la constante k ?
Attention
Considérer que k reste un paramètre libre quelconque et que l'équation intégrale admet une infinité de solutions.
À la place : L'égalité intégrale initiale impose f(0)=0+∫00f(t)dt=0. On a donc ke0−1=0⟺k=1, ce qui détermine une solution unique f(x)=ex−1.
Vérification · 30
Soit f une fonction continue sur R vérifiant pour tout réel x : f(x)=2+∫0x3f(t)dt. Quelle est l'expression de f(x) ?
Remarque
En dérivant par rapport à x, on obtient f′(x)=3f(x), donc f(x)=ke3x. En posant x=0 dans la relation initiale, f(0)=2+∫003f(t)dt=2. On a donc ke0=2⟹k=2, d'où f(x)=2e3x.