Dans l'ensemble des réels R, l'équation x2+1=0 n'admet aucune solution car un carré réel est toujours positif ou nul. Si l'on introduit un nombre imaginaire noté i solution de cette équation, que vaut i2 ?
Remarque
Par définition, l'élément i vérifie i2=−1. C'est la base de la construction de l'ensemble des nombres complexes.
Définition · 2
L'ensemble C et la forme algébrique
Il existe un ensemble noté C, contenant R, possédant un élément noté i tel que i2=−1.
z=a+ib(a∈R,b∈R)
Cette écriture unique est appelée la forme algébrique (ou cartésienne) de z.
Vocabulaire
Partie réelle — Re(z)=a
Partie imaginaire — Im(z)=b
b=0⟺z∈R;a=0⟺z∈iR (imaginaire pur)
Piège classique · 3
Quelle est la partie imaginaire du nombre complexe z=5−7i ?
Attention
Répondre que Im(z)=−7i en incluant la lettre i.
À la place : La partie imaginaire est le coefficient réel situé devant i, avec son signe : Im(z)=−7.
Exemple travaillé · 4
Déterminer la partie réelle et la partie imaginaire des nombres complexes z1=4i−3, z2=−8i et z3=5.
1
Pour z1=4i−3, on remet sous forme ordonnée z1=−3+4i. On en déduit Re(z1)=−3 et Im(z1)=4.
2
Pour z2=−8i=0−8i, on a Re(z2)=0 et Im(z2)=−8. C'est un nombre imaginaire pur.
3
Pour z3=5=5+0i, on a Re(z3)=5 et Im(z3)=0. C'est un nombre réel.
Définition · 5
Égalité de deux nombres complexes
L'écriture algébrique d'un nombre complexe est unique. Deux nombres complexes sont égaux si et seulement s'ils ont même partie réelle et même partie imaginaire.
a+ib=a′+ib′⟺a=a′etb=b′(a,b,a′,b′∈R)
a+ib=0⟺a=0etb=0
Exemple travaillé · 6
Déterminer les réels x et y vérifiant l'égalité : (2x−3y)+i(x−y)=7−4i.
1
Par unicité de la forme algébrique, on identifie terme à terme la partie réelle et la partie imaginaire :
2
{2x−3y=7x−y=−4
3
De la deuxième équation, on tire x=y−4. En remplaçant dans la première équation : 2(y−4)−3y=7⟺−y−8=7⟺y=−15.
4
On en déduit x=−15−4=−19. Le couple cherché est (x,y)=(−19,−15).
Vérification · 7
Soient x et y deux réels vérifiant (x+1)+i(2y−6)=0. Détermine x et y.
Remarque
Un nombre complexe est nul si et seulement si ses composantes réelle et imaginaire s'annulent : x+1=0⟹x=−1 et 2y−6=0⟹y=3.
Définition · 8
Addition et multiplication dans C
L'addition et la multiplication dans C suivent les mêmes règles algébriques que dans R, en appliquant la relation i2=−1.
(a+ib)+(a′+ib′)=(a+a′)+i(b+b′)
(a+ib)(a′+ib′)=(aa′−bb′)+i(ab′+ba′)
a,b,a′,b′∈R
Piège classique · 9
Quel est le développement sous forme algébrique de (2+3i)2 ?
Attention
Écrire (2+3i)2=4+12i+9=13+12i en oubliant que i2=−1.
À la place : Le terme (3i)2 vaut 9i2=−9. On obtient donc 4+12i−9=−5+12i.
Exemple travaillé · 10
Mettre sous forme algébrique le nombre complexe Z=(1−2i)(3+i)−(2−i)2.
1
On développe le produit : (1−2i)(3+i)=3+i−6i−2i2=3−5i+2=5−5i.
2
On développe le carré : (2−i)2=4−4i+i2=4−4i−1=3−4i.
3
On soustrait les deux expressions obtenues :
4
Z=(5−5i)−(3−4i)=(5−3)+i(−5+4)=2−i
Définition · 11
Puissances de l'unité imaginaire i
Les puissances entières positives de i sont périodiques de période 4 :
i0=1;i1=i;i2=−1;i3=−i;i4=1
Pour tout entier naturel n=4k+r avec r∈{0,1,2,3} :
in=i4k+r=(i4)k×ir=1k×ir=ir
Exemple travaillé · 12
Déterminer la forme algébrique de Z=3i58−2i2007.
1
On effectue la division euclidienne de 58 par 4 : 58=4×14+2. Le reste est 2, donc i58=i2=−1.
2
On effectue la division euclidienne de 2007 par 4 : 2007=4×501+3. Le reste est 3, donc i2007=i3=−i.
3
On remplace dans l'expression :
4
Z=3(−1)−2(−i)=−3+2i
Vérification · 13
Détermine la partie réelle et la partie imaginaire de Z=(1+i)4+i101.
Remarque
On remarque que (1+i)2=2i, donc (1+i)4=(2i)2=−4. De plus, 101=4×25+1, d'où i101=i1=i. Ainsi, Z=−4+i.
Définition · 14
Conjugué d'un nombre complexe
Soit z=a+ib un nombre complexe avec a,b∈R. On appelle conjugué de z le nombre complexe noté z défini par :
z=a−ib
Propriétés remarquables reliant un complexe à son conjugué :
z+z=2Re(z)=2a;z−z=2iIm(z)=2ib
zz=(a+ib)(a−ib)=a2+b2
Piège classique · 15
Quel est le conjugué du nombre complexe z=3i−5 ?
Attention
Changer le signe du premier terme lu sans ordonner la forme algébrique, en écrivant z=−3i−5 ou −3i+5.
À la place : La forme ordonnée est z=−5+3i. On ne change que le signe de la partie imaginaire : z=−5−3i.
Définition · 16
Propriétés algébriques du conjugué et caractérisation
Pour tous nombres complexes z et z′, et pour tout n∈Z :
z+z′=z+z′;zz′=z×z′;(zn)=(z)n
Pour tout complexe z′=0 :
(z′z)=z′z
z∈R⟺z=z;z∈iR⟺z=−z
Exemple travaillé · 17
Écrire sous forme algébrique le quotient Z=1+2i2−3i.
1
Pour rendre le dénominateur réel, on multiplie le numérateur et le dénominateur par le conjugué du dénominateur, soit 1−2i :
2
Z=(1+2i)(1−2i)(2−3i)(1−2i)
3
Au dénominateur, on applique (a+ib)(a−ib)=a2+b2 : 12+22=1+4=5.
4
Au numérateur, on développe : (2−3i)(1−2i)=2−4i−3i+6i2=2−7i−6=−4−7i.
5
Z=5−4−7i=−54−57i
Exemple travaillé · 18
Soit u un nombre complexe vérifiant uu=1 avec u=1. Démontrer que le nombre Z=1−u1+u est un imaginaire pur.
1
Pour prouver que Z est imaginaire pur sans poser u=x+iy, on utilise le critère Z=−Z.
2
On applique la propriété du conjugué d'un quotient :
3
Z=(1−u1+u)=1−u1+u
4
Puisque uu=1, on a u=u1. On substitue dans l'expression :
5
Z=1−u11+u1=uu−1uu+1=u−1u+1
6
En factorisant par −1 au dénominateur :
7
Z=−(1−u)1+u=−1−u1+u=−Z
8
Puisque Z=−Z, le complexe Z est bien un imaginaire pur.
Vérification · 19
On pose Z=1−i1+i. Détermine sa partie réelle et sa partie imaginaire sous forme algébrique.
Remarque
En multipliant par le conjugué 1+i au numérateur et au dénominateur : Z=12+12(1+i)2=22i=i. On en déduit Re(Z)=0 et Im(Z)=1.
Définition · 20
Représentation géométrique et affixe d'un point
Le plan est muni d'un repère orthonormé direct (O,u,v), appelé plan complexe.
M(x,y)⟺zM=x+iy(x∈R,y∈R)
Le point M est le point image du nombre complexe z. Le nombre z est l'affixe du point M (notée zM) ou l'affixe du vecteur OM (notée zOM).
Définition · 21
Affixe d'un vecteur
Soient A et B deux points du plan complexe d'affixes respectives zA et zB.
zAB=zB−zA
Propriétés opératoires sur les vecteurs :
zu+v=zu+zv;zku=kzu(k∈R)
AB=CD⟺zB−zA=zD−zC
Piège classique · 22
Soient A d'affixe 2+i et B d'affixe −1+3i. Quelle est l'affixe du vecteur AB ?
Attention
Calculer zA−zB=(2+i)−(−1+3i)=3−2i en inversant l'origine et l'extrémité.
À la place : L'affixe du vecteur AB est toujours l'affixe de l'extrémité moins celle de l'origine : zAB=zB−zA=(−1+3i)−(2+i)=−3+2i.
Définition · 23
Milieu d'un segment et centre de gravité
Soient A, B et C trois points d'affixes respectives zA, zB et zC.
zI=2zA+zB(affixe du milieu I de [AB])
zG=3zA+zB+zC(affixe du centre de graviteˊG du triangle ABC)
Exemple travaillé · 24
Soient les points A(1+2i), B(3−i) et C(−1+4i). Déterminer l'affixe du point D tel que ABCD soit un parallélogramme.
1
ABCD est un parallélogramme si et seulement si AB=DC.
2
zB−zA=zC−zD
3
On isole zD dans l'équation complexe :
4
zD=zC−zB+zA
5
On remplace par les affixes données :
6
zD=(−1+4i)−(3−i)+(1+2i)=−3+7i
Vérification · 25
Soient A(3−2i) et B(−1+4i). Détermine la partie réelle et la partie imaginaire de l'affixe du milieu I de [AB].
Remarque
L'affixe du milieu est zI=2zA+zB=2(3−2i)+(−1+4i)=22+2i=1+i, donc Re(zI)=1 et Im(zI)=1.
Définition · 26
Module d'un nombre complexe et interprétation géométrique
Soit z=a+ib un nombre complexe avec a,b∈R. On appelle module de z le réel positif ou nul noté ∣z∣ défini par :
∣z∣=a2+b2=zz
Dans le plan complexe muni du repère orthonormé direct (O,u,v) :
OM=∣zM∣etAB=∣zB−zA∣
Piège classique · 27
Quel est le module du nombre complexe z=3−4i ?
Attention
Inclure l'unité imaginaire i dans le carré sous la racine en écrivant 32+(−4i)2=9−16=−7.
À la place : La partie imaginaire est le réel b=−4. On applique la formule sur les réels : ∣z∣=32+(−4)2=9+16=25=5.
Définition · 28
Propriétés opératoires du module
Pour tous nombres complexes z et z′, et pour tout entier naturel n≥1 :
∣zz′∣=∣z∣×∣z′∣;∣zn∣=∣z∣n
z′z=∣z′∣∣z∣(z′=0);∣z∣=∣−z∣=∣−z∣=∣z∣
∣z∣=0⟺z=0
Exemple travaillé · 29
Calculer le module du nombre complexe Z=2+2i(1−i3)3 sans développer son écriture algébrique.
1
On pose z1=1−i3 et z2=2+2i. On calcule séparément le module de chaque facteur.
2
∣z1∣=12+(−3)2=1+3=4=2
3
∣z2∣=22+22=4+4=8=22
4
On applique les propriétés du quotient et de la puissance des modules :
Soient A et B deux points d'affixes respectives zA et zB, et R>0 un réel fixé :
∣z−zA∣=R⟺AM=R
L'ensemble des points M(z) est le cercle de centre A et de rayon R.
∣z−zA∣=∣z−zB∣⟺AM=BM
L'ensemble des points M(z) est la médiatrice du segment [AB].
Exemple travaillé · 31
Déterminer l'ensemble (E) des points M(z) tels que ∣2iz−4+2i∣=6.
1
Pour faire apparaître la forme ∣z−zA∣, on factorise par 2i à l'intérieur du module :
2
∣2iz−4+2i∣=2i(z+2i−4+2i)=6
3
On simplifie le quotient : 2i−4+2i=2i−4+2i2i=i−2+1=2i+1=1+2i.
4
∣2i∣×∣z−(−1−2i)∣=6
5
Puisque ∣2i∣=2, on divise par 2 pour isoler la distance :
6
∣z−(−1−2i)∣=3⟺AM=3avec A(−1−2i)
7
L'ensemble (E) est le cercle de centre A(−1,−2) et de rayon 3.
Vérification · 32
Soient A(2i) et B(3−i). Détermine le rayon R du cercle défini par ∣z−2i∣=5, ainsi que la nature géométrique de l'ensemble des points M(z) vérifiant ∣z−2i∣=∣z−3+i∣.
Remarque
L'égalité ∣z−2i∣=5 s'écrit AM=5, c'est le cercle de centre A et de rayon R=5. L'égalité ∣z−2i∣=∣z−(3−i)∣ s'écrit AM=BM, ce qui correspond à la médiatrice du segment [AB].
Définition · 33
Argument d'un nombre complexe non nul
Soit z un nombre complexe non nul d'image M dans le plan complexe muni du repère orthonormé direct (O,u,v).
arg(z)≡(u,OM)(mod2π)
Toute mesure en radians de l'angle orienté (u,OM) est appelée un argument de z.
Caractérisation géométrique des configurations fondamentales :
zB−zAzC−zA∈R∗⟺A,B et C sont aligneˊs
zB−zAzC−zA∈iR∗⟺(AB)⊥(AC) (triangle rectangle en A)
Piège classique · 41
Pour prouver que le triangle ABC est rectangle en A, quelle condition sur le quotient Z=zB−zAzC−zA doit-on obtenir ?
Attention
Affirmer que Z doit être un nombre réel non nul pour prouver l'angle droit.
À la place : Un quotient réel traduit un angle de 0 ou π, donc l'alignement des points. L'orthogonalité (AB)⊥(AC) impose un angle de ±2π, ce qui équivaut à un quotient imaginaire pur non nul (Z∈iR∗).
Exemple travaillé · 42
Soient les points A(1+i), B(3+i) et C(1+3i). Calculer le quotient zB−zAzC−zA et en déduire la nature du triangle ABC.
1
On calcule les affixes des vecteurs AB et AC :
2
zB−zA=(3+i)−(1+i)=2;zC−zA=(1+3i)−(1+i)=2i
3
On effectue le quotient des deux affixes :
4
zB−zAzC−zA=22i=i
5
On interprète le module pour comparer les longueurs : zB−zAzC−zA=∣i∣=1⟹ABAC=1⟹AB=AC. Le triangle est isocèle en A.
6
On interprète l'argument pour déterminer l'angle : arg(zB−zAzC−zA)≡arg(i)≡2π(mod2π)⟹(AB,AC)≡2π(mod2π).
7
Le triangle ABC est un triangle rectangle et isocèle en A.
Définition · 43
Résolution de l'équation z2=α et forme canonique
Soit α un nombre réel strictement négatif (α<0). L'équation z2=α admet dans C exactement deux solutions complexes conjuguées imaginaires pures :
z2=α⟺z=i−αouz=−i−α
Pour toute équation du second degré à coefficients réels, la mise sous forme canonique permet de se ramener à cette structure :
(z−z0)2=α(α<0)⟺z−z0=i−αouz−z0=−i−α
Exemple travaillé · 44
Résoudre dans C l'équation z2−6z+12=0 par la méthode de la forme canonique.
1
On reconnaît le début d'une identité remarquable : z2−6z=(z−3)2−9.
2
(z−3)2−9+12=0⟺(z−3)2+3=0⟺(z−3)2=−3
3
Puisque −3<0, on écrit −3=(i3)2 :
4
(z−3)2=(i3)2
5
On applique la propriété des racines carrées d'un réel négatif :
6
z−3=i3ouz−3=−i3
7
L'ensemble des solutions dans C est SC={3−i3,3+i3}.
Vérification · 45
Résous dans C l'équation (z+2)2=−16. Détermine les deux solutions complexes conjuguées.
Remarque
Puisque −16=(4i)2, on a z+2=4i ou z+2=−4i. On en déduit z1=−2+4i et z2=−2−4i.